Afrocyberféminismes

la séance de juin

La race et le genre à l’épreuve du code

Mercredi 13 juin / 19-21h

Conférences de Peggy Pierrot
Performance de Mimi Onuhoa

The Library of Missing Datasets, Mimi Onuoha.

Cette séance aborde les biais du code. La mythologie qui a longtemps consisté à présenter les technologies de l’information et de la communication comme neutres, abolissant les différences de race, de genre et les frontières est depuis le début des années 2000 fortement mise à mal par des travaux de chercheur.ses - des sciences dures aux humanités en passant par des artistes et des développeurs - qui mettent en évidence les biais de genre et les biais raciaux du code.

Dans son étude Algorithms of oppression qui questionne le pouvoir des algorithmes à l’ère néolibérale, la sociologue africaine-américaine Safiya Umoja Noble démontre comment les moteurs de recherche renforcent les relations sociales oppressives et instituent de nouveaux modes de profilage racial.

Entre absence de prise en compte et instrumentalisation de la couleur de peau, les algorithmes ne sont pas color blind (indifférents à la couleur de peau). Joy Buolamwini, aka la Poétesse du code, chercheuse en intelligence artificielle au MIT est récemment partie en croisade pour inciter les personnes de couleur à investir les études en mathématiques et ingénierie après avoir constaté que les logiciels de reconnaissance faciale dont elle avait besoin pour ses travaux en robotique ne reconnaissait pas sa couleur de peau et pour cause, ils étaient essentiellement conçus et testés par des personnes blanches.

Une enquête menée aux Etats-Unis de 2010-2011 sur les diplômes en informatique a révélé que sur les 1 456 titulaires d'un doctorat décernés au cours de la période, 16 (1,2%) ont été attribués à des Noirs. En 2013, parmi les 1 563 titulaires d'un doctorat en sciences informatiques, 19 étaient des Noirs.

Conférence

Peggy Pierrot

Peggy Pierrot est une webmaster, chercheure, journaliste et activiste vivant à Bruxelles. Elle est actuellement responsable pédagogique et tutrice des Ateliers des Horizons (ex-école du Magasin, Grenoble). Elle travaille principalement à Bruxelles avec différentes associations et structures pédagogiques ou de recherche. Ses outils favoris sont les sciences humaines et les logiciels libres. Elle donne des conférences et ateliers sur les cultures et littératures afro-atlantiques, la science-fiction, la création radiophonique, les médias et technologies. Elle est titulaire d’un master en sociologie et d’un master professionnel en information-communication.

Dans Modifier l'universel, elle analyse avec Roel Roscam Abbing et Femke Snelting les enjeux qui sous-tendent la décision de l’Unicode Consortium d’ajouter cinq modificateurs de couleurs de peau aux spécifications du noyau de l’Unicode 9.0, une norme qui code plus de mille caractères emoji. Cette décision a été prise en 2015 en réponse aux protestations croissantes contre le manque de diversité ethnique visible dans les caractères Emoji disponibles sur les smartphones.

Conférence et proposition artistique

Mimi Onuoha

Mimi Onuoha, artiste et chercheuse, de parents Nigérians vivant aux États-Unis, interroge les conséquences de la collecte de données et de la catégorisation informatique. Elle utilise le code, l’écriture et les objets pour explorer les données manquantes et les façons dont les individus sont généralisés, représentés et classifiés. Elle s’attache à mettre en évidence que la collecte, l’enregistrement et l’archivage des données sont liés aux questions de contrôle et de pouvoir, elle défend également l’idée qu’il existe des situations dans lesquelles il peut être avantageux pour un groupe de rester en dehors des limites de la collecte de données pour se protéger.

Gaîté Lyrique
Auditorium
3 bis rue Papin
75003 Paris

Tarif : 6 euros
(pass 6 séances : 30 euros)

dans le sillage d’Octavia E. Butler

La paraboles des talents

A propos de la série des Paraboles d’Octavia E. Butler, entamée en 1989, la journaliste américaine Abby Aguirre écrit :

Butler a extrapolé sa vision d'une dystopie dans un futur proche à partir de ce qu'elle lisait dans l'actualité, prédisant le genre d'effondrement qui pourrait advenir si les forces du capitalisme tardif, le changement climatique, l'incarcération de masse, la Big Pharma, la violence armée et l'industrie de la tech se poursuivait sans entrave. […] Butler portait un regard cyclique sur l'histoire. Elle pensait aussi que le progrès social était réversible. Tandis que la sphère publique se vidait progressivement de sa substance, la peur du changement allait créer une brèche pour des politiques rétrogrades. Avec l'effondrement, le racisme deviendrait plus manifeste.
La parabole des talents, publiée en 1998, débute en 2032. Á cette date, différentes formes de travail forcé et d'esclavage sont monnaie courante, facilitées par des colliers d'esclaves high-tech. L'oppression des femmes est devenue extrême ; celles qui expriment leurs opinions, “ les râleuses ”, risquent d'avoir la langue coupée. Les gens ont développé des addictions non seulement pour des drogues de synthèse mais aussi pour des “ masques à rêves ” qui génèrent des fantasmes virtuels, permettant à ceux qui les portent de s'immerger dans des vies plus simples, plus belles. 

Abby Aguirre, « Octavia Butler’s Prescient Vision of a Zealot Elected to “Make America Great Again” », The New Yorker, 26 juillet 2017 (source)

ressources

Prochainement.

compte-rendu

Prochainement.

création visuelle

Prochainement.
XamXam a invité un.e artiste à créer une œuvre plastique en écho à cette séance.

fiction

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XamXam a invité un.e aut.rice.eur a écrire un texte en écho à cette séance.